Instinct indigène

 

Madre

07/02/2020

Madre

Grand Esprit, Grand Mystère, la Source, Mère Divine, l'Origine, Dieu, Créateur, Vérité, l'Intelligence primordiale, l'Univers...

A la fois mystérieux et en même temps parfaitement reconnu par tous peuples indigènes sur la planète. Rien de compliqué, juste la simplicité de gens qui entretiennent un lien à la Nature.

Tel est le cas des shipibos dont la médecine était déjà pratiquée par les incas. Voici mon unique expérience avec elle.

 

 

Nuit 1

Le breuvage est dégueulasse, un vrai repoussoir. Le curandero ("chaman") me crache ses parfums dessus, bof... dans quoi je me suis embarqué ?

 

C'est quoi ce truc qui envahit mon corps, mon être ?

 

Vision de la Nature faite d'engrenages en transparence de feuilles, arbres, animaux, caméléons etc. L'Univers est une mécanique parfaite, cette traduction imagée est splendide.

 

En lutte avec cette entité étrangère, c'est chez moi là ! c’est mon corps ! je suis mon propre maître et lui crie cela. Elle se fige, le serpent formé de serpents se fige, cligne de son œil qui me fixe puis finit par repartir.

Bien obligé de faire avec maintenant qu'elle est là, je l'ai choisi. Quelle force ! je m'accroche à des états contactés sur le sentier, mes méditations, au totem Puma et autres mais tout glisse, la Madre s'attache à détourner mon attention. Elle me dépouille, traduit le moindre état interne instantanément : peur des reptiles ? alors plein de reptiles énormes pour me tester, serpents et crocodiles m'attaquent.

 

Elle cherche à m'amener quelque part... je comprends... me fondre dans la Conscience divine, je refuse, j'ai peur de me diluer, partir et ne pas revenir, perdre mon identité. Elle me travaille autrement mais dans le même sens, traduit en image mon souhait profond : comprendre le Divin.

 

Fin de la nuit : vomis, vomis !

 

 

Nuits 2 et 3

Nettoyage corporel, elle ancre. L'enracinement est la base. Je me relâche bien plus par contre, je la sais vraiment bienveillante désormais. C'est juste que c'est particulier comme médecine !

 

 

Nuit 4

Attention, c'est parti !

 

Nettoyage hyper fort, vomis, vomis, vomis, vomis et remontées d'air évacuant de l'ombre en profondeur, un serpent noir s'éloigne très vite de mon système digestif.

C'est difficile, j'ai envie d'insulter la Madre mais n'exprime rien car ne veux pas me faire remarquer, déranger les autres dans la Malloca.

 

La médecine me pique alors au vif :

"Regarde-toi, tu as tes méditations, totems, tu fais des huttes, et tu n'es même pas capable de t'exprimer, lâcher ce que tu as en toi."

Et bing ! elle a raison mais non, ne pas se faire remarquer est plus fort. Je préfère subir et continue de l'insulter intérieurement.

A nouveau, elle me touche : "Regarde-toi, tu veux laisser passer la Lumière et tu ne sais même pas laisser passer le Serpent !"

Et re-bing ! Juste, touché, dans le mille ! Incohérence jetée en pleine figure !

 

J'ai confiance en elle et si je veux aller plus loin, faut bien se décider... Je lâche, me sens descendre profondément en moi et j'accède au cosmos par l'intérieur.

 

Je tais ce vécu.

 

La vision s'estompe avec le levé du jour, je suis rincé, finis par me lever, vaseux, décalé, avec un tournis pesant.

Sorti de la Malloca, je me concentre pour monter à la tente me reposer mais c'est impossible.

Je sens ne pas être complètement là. J'attends qu'Antonio se réveille, je ne veux pas déranger les gens.

Ma propre bêtise finit par m'insupporter, en plus de mon état. Je suis vraiment mal et j'attends que le curandero se réveille pour me faire soigner... hors je suis là pour prendre soin de moi...

Ma connerie est la goutte d'eau qui fait déborder le vase, je m'énerve, redescends à la Malloca, secoue Antonio d'abord gentiment puis sèchement : "Tu me fais revenir ! tout de suite !"

 

J'aurais pu lui parler lapon, il a compris instantanément.

Vérité de la science des plantes, de la jungle et du rio, il agit et distille alors la vérité de la science qui soigne. Je le sens tout de suite, vas-y, crache-moi dessus tes parfums, je m'en fous maintenant, je veux juste revenir.

Tout finit par sortir, je crie, rageusement : "putain de serpent, t'es content là ?!!".

Ces paroles ont émergé de tout mon corps, je n'ai jamais vécu ça, ça fait un bien fou à l'âme et au corps, lesquels éclatent en sanglots, l'eau coule.

Se diffuse le bienfait grandissant des parfums, chants, massages énergiques, pressions fortes des mains sur le crâne et le haut du corps.

Le maestro est à l’œuvre mais c’est à moi aussi de faire. Je le peux maintenant et cherche mon souffle, je me récupère.

Allongé, je tourne la tête, ça y est, il s'est rendormi, tout est ok.

 

Quand je me lève, j'ai l'impression d'être né à nouveau, sublime sentiment. Parti et revenu, je suis toujours Tony, fier de moi, heureux de ce que j'ai vécu et réussi grâce à cette formidable alliée qu'est la médecine de la jungle.

 

Nuit 5

Non merci ! c'est bon là ça va. Je me repose.

 

 

L'élan de félicité s'est rapidement évanoui au retour à la vie ordinaire, laquelle est en fait extraordinaire de décalage avec le Tout, là est le surnaturel.

Grâce aux quêtes et expériences prâniques, je gère mieux cela. J'ai bien compris que c'est la pratique quotidienne dans la conscience qui permet de manifester doucement et sûrement nos capacités d'humains, individus indivisibles de l'Univers au libre arbitre d'avoir accès à toute la Création.

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